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  • Estelle Poirier-Vannier

Vers une culture d’exposition durable?

La pandémie de COVID-19 a marqué un tournant majeur dans la société et dans le monde des musées. Elle a mis un frein au rythme effréné de l’agenda culturel et a fait réfléchir de nombreux acteurs du milieu. De plus en plus d’institutions s’engagent à minimiser l’impact environnemental de leurs activités. Elles incarnent un nouveau système de valeurs, qui se reflètent dans leur mode de production. De quelle façon cela se concrétise-t-il dans le milieu des expositions?


Nous avons relevé deux musées, un à l’international et un au Canada, qui se démarquent par leurs initiatives novatrices et durables dans la production d’expositions : le Musée Guggenheim à Bilbao et le Musée de Vancouver.



Des initiatives inspirantes…


Le Musée Guggenheim, Bilbao

Photo prise par Naotake Murayama. https://www.flickr.com/photos/naotakem/31273245344/

Le Musée Guggenheim à Bilbao est le premier musée mondial à avoir

certifié son empreinte carbone et à inclure ses émissions indirectes. En 2019, l’institution comptabilisait 4313 tonnes en émissions indirectes dont le tiers étaient liées au transport d’œuvres d’art et au déplacement du personnel (coursiers). Suite à ce constat, le Musée a mis en place plusieurs actions dans le domaine des expositions pour développer des processus non polluants, réduire sa consommation de matières premières et d’énergie.


Pour le transport, par exemple, l’équipe privilégie la location de caisses d’œuvres d’art à la nouvelle fabrication. Ils favorisent également le transport groupé d’œuvres d’art. À cet égard, le transport d’œuvres est partagé avec d’autres institutions afin d’éviter les voyages exclusifs. Le trajet est organisé à une date qui permet de regrouper les œuvres de plusieurs institutions sur la même route. Par ailleurs, ils privilégient la supervision virtuelle aux déplacements du personnel, grâce aux courriels et à la visioconférence.


Pour la scénographie, ils limitent la construction de nouveaux murs en réutilisant des éléments conçus pour les évènements précédents. Ils partagent également le mobilier d’exposition (bases, vitrines, socles) avec d’autres institutions locales afin d’assurer leur réutilisation. De plus, ils visent une meilleure efficacité énergétique grâce à un projet d’éclairage dynamique. Ils prévoient de rouvrir les verrières des galeries d’exposition et de mettre en place un système d’éclairage LED afin d’obtenir une combinaison de lumière naturelle et artificielle. Le remplacement des lumières à technologie LED, réalisé entre 2015 et 2021, lui a permis de réduire ses émissions de CO2 de 335 tonnes par année et de réaliser des économies énergétiques de 25%.


L’un des objectifs de sa programmation vise à faire réfléchir ses publics et ses employés aux enjeux environnementaux et à favoriser la conscience écologique. Son exposition Motion. Autos, Art, Architecture s’intéresse à l’histoire industrielle du 20e siècle à aujourd’hui et présente la Galerie du futur, un espace où différentes universités, spécialisées dans le domaine du design et de l’architecture, abordent les enjeux de mobilité de demain. Sa programmation cinématographique traite des questions liées à la justice climatique à l’ère postcoloniale. Ils ont également mis en place un séminaire sur l’avenir de la mobilité, ainsi qu’un colloque international interdisciplinaire sur la thématique « Water Ecologies », qui vise à encourager le dialogue entre artistes, scientifiques et technologues dans le contexte de changement climatique.


Une équipe interdisciplinaire a également été créée afin de sensibiliser les employés et de les impliquer dans les objectifs de développement durable du musée, d’identifier les domaines et les opportunités d’amélioration, d’assurer le suivi des actions du programme annuel de développement durable.



2 – Museum of Vancouver

Photo prise par Jeff Hitchcock. https://www.flickr.com/photos/arbron/37220272752

Le Museum of Vancouver (MOV) est également un chef de file dans le domaine. L’équipe s’est engagé à réduire, à réutiliser et à prolonger la durée de vie des matériaux de construction utilisés dans les expositions. Pour ce faire, l’institution a établi des lignes directrices en matière de fabrication et de design.

En 2017, le Musée a reçu une subvention municipale pour développer des pratiques durables dans son bâtiment. Ils ont mis en place un projet pilote qui consistait à développer une importante exposition à partir de matériaux récupérés et d’identifier les systèmes et processus requis pour implanter la même approche au niveau institutionnel. La transition vers une économie circulaire impliquait de développer de nouvelles procédures pour la recherche de matériaux d’exposition, ainsi que pour le design, la construction et l’utilisation de présentoirs.


Par exemple, ils ont revu tout le processus de scénographie, pour privilégier des matériaux naturels, des pièces qui peuvent être adaptées et recyclées. À cet effet, ils ont développé des partenariats avec des entreprises spécialisées en démolition résidentielle et commerciale à Vancouver pour récupérer le bois. Ils collaborent aussi avec le milieu cinématographique pour récupérer le contreplaqué après les tournages. Ils utilisent des procédés mécaniques, tels que des clips et des vis, pour assembler des matériaux, plutôt que des procédés chimiques comme la colle. Cela facilite la réutilisation de matériaux pour d’autres projets. L’éclairage a également été modifié pour des luminaires moins énergivores et qui durent plus longtemps.



Conclusion


Les musées sont ancrés dans leur territoire et leur communauté. Ils forment une sorte de pont entre la science et la culture. Bien que les institutions muséales accusent un certain retard vis-à-vis d’autres milieux, nous constatons de plus en plus d’initiatives durables au sein des musées. Ces derniers ont une responsabilité sociale importante. Ils sont des acteurs-clé pour développer une réflexion et une mobilisation des citoyens à l’égard de l’environnement.

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